Mot du lexique marocain

Empire chérifien

L’« Empire chérifien » est une appellation historique et administrative désignant le sultanat du Maroc, surtout dans les usages diplomatiques et administratifs français des XIXe et XXe siècles. Elle ne décrit pas nécessairement un empire aux frontières fixes au sens contemporain, mais un État monarchique musulman dont l’autorité effective variait selon les régions, les tribus et les périodes. Le terme figure notamment dans l’expression « protectorat français dans l’Empire chérifien », employée par le traité de Fès du 30 mars 1912. Après la fin du protectorat, l’appellation officielle « Royaume du Maroc » s’est imposée en 1957.

L’adjectif « chérifien » dérive de chérif, lui-même issu de l’arabe sharīf, qui signifie notamment « noble » ou « honorable ». Dans l’usage islamique, un chérif est une personne qui se réclame d’une descendance du prophète Mahomet par sa fille Fâtima et son époux Ali, généralement par leurs fils Hasan ou Husayn. Au Maroc, cette légitimité dynastique, particulièrement revendiquée par la dynastie alaouite, s’est combinée à la bay‘a, serment ou acte d’allégeance par lequel des groupes et des autorités reconnaissaient l’autorité du sultan. Cette appellation ne renvoie pas à une origine ethnique unique : l’histoire politique et sociale du Maroc s’est construite avec la participation de populations amazighes, arabes et sahariennes, ainsi que de communautés juives et d’autres groupes. Elle ne doit donc pas être comprise comme la désignation d’un empire colonial marocain, mais comme le nom historique d’un sultanat et, durant le protectorat, de l’État marocain placé sous l’autorité formelle du sultan et sous le contrôle de puissances européennes.